La Paix en Marche
Moins de colères, moins de violences

Enseignement donné par le Vénérable Thich Nhât Hanh
Le 21 octobre 2006 à la Maison de la Mutualité à Paris.


Chers amis, chère Sangha, bonsoir.


Il y a dans le Bouddhisme la pratique de la Pleine Conscience. La Pleine Conscience est une énergie qui nous aide à être au courant de ce qui se passe dans l'instant présent, ici même; et cette pratique-là c'est la pratique de base du Bouddhisme. On peut respirer pour générer l'énergie de la Pleine Conscience; on peut marcher pour générer cette énergie de Pleine Conscience; on peut s'asseoir, on peut cuisiner dans la Pleine Conscience; on peut aussi faire la vaisselle dans la Pleine Conscience. La Pleine Conscience nous aide à nous établir dans le moment présent pour que nous puissions être vraiment là, vraiment vivant. Dans la vie quotidienne, on se perd: notre corps est là mais notre esprit est ailleurs; nous ne sommes pas vraiment là; nous sommes pris dans le passé ou dans le futur, nous sommes pris dans nos projets, notre crainte, notre souffrance; nous ne sommes pas vraiment là. Donc la pratique de la marche méditative ou bien de la respiration consciente nous aide à ramener le corps vers l'esprit. « J'inspire, je sais que j'inspire; j'expire, je sais que j'expire; j'inspire, je sais qu'une inspiration est en train de se dérouler; j'expire, je souris à mon expiration ». Et quand on respire comme cela, on peut générer la Pleine Conscience qui nous aide à nous établir dans le moment présent; on peut aussi marcher dans la Pleine Conscience, boire son thé, son café dans la Pleine Conscience, et ainsi la Pleine Conscience nous habite et nous redevenons vivants et présents. La vie contient plein de merveilles; les merveilles de la vie se trouvent dans notre corps, dans notre esprit; les merveilles de la vie sont autour de nous, et c'est pourquoi, dans le Bouddhisme, on nous apprend à nous réjouir des merveilles de la vie pour notre propre bonheur, pour notre nutrition et notre guérison. Dans le Bouddhisme on s'amuse. Bien entendu, lorsque je fais une inspiration je sais que je suis vivant, et être vivant c'est un miracle; on doit fêter cela, on doit fêter le fait que nous sommes encore vivants et que le monde est toujours là autour de nous. Donc, célébrer la vie est ce que l'on doit faire aujourd’hui; nous pouvons célébrer la vie tout faisant une inspiration, tout en faisant un pas dans la Pleine Conscience, tout en contemplant un arbre, un nuage, etc. Se mettre en contact avec les merveilles de la vie dans l'instant présent peut nous aider à nous guérir, à nous nourrir. La Pleine Conscience est donc essentielle pour vivre en profondeur tous les moments de notre vie quotidienne. Avec la Pleine Conscience nous avons également de la concentration; on vit concentré à chaque moment; on vit en profondeur chaque moment de sa vie quotidienne. C'est un entraînement, et quelques journées d'entraînements peuvent déjà nous aider à vivre beaucoup plus profondément notre vie quotidienne. Bien sûr qu'on peut s'amuser, mais on s'amuse de telle sorte que la joie, la paix, la fraternité soient possibles. Il y a aussi bien sûr de la violence, de la peur, du désespoir, de la colère en nous, et le Bouddha nous indique comment prendre soin de ces énergies négatives. On doit apprendre à gérer notre souffrance, notre colère, notre violence. Et lorsque vous arrivez dans un centre de pratique, on vous montre comment respirer, marcher dans la Pleine Conscience afin de pouvoir reconnaître ces énergies négatives en vous : la violence, la haine, la peur, la colère pour pouvoir les embrasser, et afin de pouvoir les transformer.

...Son de cloche...

Il y a deux choses à faire : la violence en soi à transformer, et le milieu, l'environnement à transformer parce que l'environnement à la capacité de semer les graines de violence, de la peur, du désespoir en nous; alors il faut faire ces deux choses-là : se transformer soi-même et transformer l'environnement.
Quand on n’a pas la paix en soi, on souffre. Quand on est habité par l'énergie de la colère, de la violence, on souffre; et la violence cherche toujours à s'exprimer. Quand on souffre, on fait souffrir les autres aussi; c'est pourquoi il faut apprendre l'art de gérer sa propre souffrance pour pouvoir la transformer et pour aider les autres personnes à faire la même chose. Et c'est ce qu'on apprend à faire dans un centre de pratique. Au Village des Pruniers, les Jeunes sont venus en grand nombre de beaucoup de pays chaque été; ils pratiquent très bien; ils sont heureux, ils sont paisibles. Un monsieur de la télévision française est venu cet été et il a posé la question suivante : « Pourquoi les enfants sont si heureux, si calmes ici * » J'ai répondu ceci : « C'est parce que les adultes, leurs parents, sont calmes, sont heureux. » Si les parents sont calmes, sont heureux, sont paisibles, alors ça aide beaucoup les Jeunes, les enfants, les adolescents. Les instituteurs, les institutrices sont également venus nombreux au Village des Pruniers, c'est parce qu'ils souffrent; la violence est là au sein de la famille; la violence est là au sein de l'école, de la communauté. Il faut donc apprendre l'art de gérer la violence. Une gestion de la violence est nécessaire, et nous avons besoin d'ingénieurs spirituels afin de pouvoir gérer cette violence qui est un peu partout dans le monde.

Dans le Bouddhisme, on apprend que nous sommes comme un jardin; il y a des fleurs, des fruits, mais il y a aussi des déchets. Si vous êtes jardinier biologique vous ne jetez pas les déchets, vous les conservez pour pouvoir les transformer en compost afin de pouvoir nourrir les fleurs, les plantes; c'est parce que les fleurs et les déchets sont tous les deux biologiques. Dans la psychologie bouddhiste, on apprend la même chose : le bonheur, la souffrance, la bonté, la colère, ce sont des choses biologiques, organiques. C'est la raison pour laquelle il est possible de transformer les déchets en fleurs. Lorsque vous regardez une fleur en profondeur vous pouvez voir qu'il y a des déchets dans la fleur; la fleur a été nourrie par les déchets. Et si vous laissez la fleur là pendant quelques semaines, elle va se transformer en déchets. Lorsque vous regardez le tas de déchets en profondeur, vous pouvez voir les fleurs, les légumes, c'est parce qu'il est possible de transformer les déchets en fleurs, en légumes, en fruits; donc chacun de nous doit apprendre l'art de la transformation. Bien sûr, il y a de la douleur, de la peine, du désespoir, de la colère en nous, mais c'est une chose normale; on doit apprendre à gérer cette énergie en nous; mais comment * On va commencer par la Pleine Conscience; l'énergie de la Pleine Conscience générée par la pratique va reconnaître ces émotions négatives, ces énergies négatives comme le désespoir, la colère, l'irritation, etc. Alors, un bon pratiquant fera comme ceci : quand l'irritation ou la colère commence à monter, à se manifester, alors on doit faire quelque chose; on doit générer l'énergie de la Pleine Conscience par l'exercice de la respiration ou de la marche méditative, et avec cette énergie on va pouvoir reconnaître l'énergie de la colère, l'énergie de l'irritation, reconnaître cette énergie comme une sorte de poison. Dans le Bouddhisme, on parle de la colère comme un poison, et ça empoisonne tout, cela empoisonne même notre relation; il faut donc faire très attention, il faut savoir comment gérer ce poison en nous. Alors la Pleine Conscience nous aide à reconnaître ce poison, cette violence, cette haine, et puis la Pleine Conscience peut aussi embrasser avec beaucoup de douceur, avec beaucoup de tendresse cette énergie négative, comme une maman tient avec beaucoup de douceur le bébé qui souffre. Il faut apprendre à reconnaître, à embrasser sa souffrance, sa colère avec beaucoup de douceur. C'est parce que cette bonté, cette Pleine Conscience est vous; mais la colère est aussi vous, le désespoir est aussi vous, alors c'est comme un grand frère qui prend soin de son petit frère ou comme une grande soeur qui prend soin de son petit frère. Ainsi il n'y a pas de suppression, il y a seulement l'amour. Avec l'énergie de la Pleine Conscience, on peut reconnaître l'énergie de la colère, de la violence; on peut l'embrasser avec beaucoup de tendresse, et ça peut déjà apporter un soulagement. La maman ne sait pas pourquoi le bébé pleure, mais le fait qu'elle prend son bébé dans ses bras avec beaucoup de douceur, ça apporte déjà un soulagement; et si la maman continue elle trouvera la cause véritable de la souffrance du bébé. Il suffit de quelques minutes pour que la maman trouve les raisons de la souffrance du bébé. Un pratiquant fait exactement la même chose; quand la souffrance se manifeste, quand l'irritation ou la colère se manifeste, on ne fait rien, on ne dit rien, c'est parce que sous l'influence de cette énergie on risque de ruiner les choses; c'est pourquoi on ne doit rien faire. Tout ce que l'on doit faire c'est retourner à sa respiration consciente pour générer l'énergie de la Pleine Conscience. “J'inspire, je sais que la colère commence à se manifester en moi. J'expire, je prends soin de cette énergie négative en moi”. Et on peut faire ça dans une position assise ou encore dans une position marchée. C'est pour gérer la colère, pour gérer la violence. En faisant cela on obtient un soulagement, et si on continue avec la concentration on va pouvoir regarder en profondeur pour voir les racines profondes de ces malaises, de cette souffrance. Dans le Bouddhisme, on parle de la souffrance comme première vérité noble, et les causes de la souffrance comme deuxième vérité noble. Donc, reconnaître la souffrance, et ensuite chercher pour voir la nature de cette souffrance, les causes de cette souffrance. Dans le Bouddhisme, on parle de la souffrance en terme de consommation : les quatre sortes de nourriture. Si on consomme la souffrance, si on consomme la violence, on va souffrir à cause de cette violence-là et on va faire souffrir les autres avec cette violence-là. Le Bouddha a dit ceci : “Ce qui vient de s'établir en vous, la souffrance, si vous pouvez regarder cela en profondeur et identifier la source d'alimentation qui l'a apporté, vous êtes déjà sur la voie de la transformation”. On consomme, et cette consommation aboutit à la souffrance. Nos enfants consomment beaucoup de violence dans la vie quotidienne, et cette violence vient au sein de la famille même, à l'école, dans la société; les films, les vidéos, les conversations peuvent être plein de violence. Et si on laisse les enfants consommer comme cela, on ne peut pas espérer que les enfants puissent vivre heureux et dans la paix. Et la violence des enfants a quelque chose à voir avec la violence des adultes; et c'est pourquoi, pour pouvoir aider les Jeunes, les adolescents, il faut que les parents, les maîtres d'école, les instituteurs, les institutrices pratiquent. J'ai parlé il y a deux semaines à l'UNESCO et j'ai proposé l'établissement d'un Institut pour la pratique de la non-violence. Au Village des Pruniers, nous pratiquons la non-violence, nous pratiquons la paix dans notre communauté, et nous avons formé des enseignants qui peuvent offrir la pratique de la non-violence, la pratique de la paix d'une manière non sectaire. Il n'est pas indispensable d'être bouddhiste pour pouvoir pratiquer la paix, la non-violence, et pour pouvoir enseigner la paix, la non-violence; j'ai promis que si l'UNESCO met sur pied un tel établissement nous pouvons offrir des enseignants qui peuvent aider les parents, les instituteurs, les hommes politiques, les hommes d'affaire à apprendre à vivre la paix, la non-violence. Nous avons tous besoin d'une dimension spirituelle dans notre vie quotidienne, les hommes politiques, les hommes d'affaire aussi, c'est parce que, sans cette dimension spirituelle, on souffre et on peut faire souffrir les autres. Apprendre à gérer la souffrance, apprendre à transformer la colère, la souffrance, c'est la vie spirituelle; c'est vivre la vie spirituelle, la vie de l'esprit. On peut très bien apprendre et pratiquer la non-violence, la paix d'une manière non sectaire. Il nous faut des hommes, des femmes qui ont la capacité de vivre la paix, la non-violence dans leur vie quotidienne pour pouvoir aider les autres. Et dans l'institut de la pratique de la non-violence, on pratique; on n'offre pas des théories sur la non-violence, sur la paix, mais on pratique vraiment la non-violence et la paix.

...Son de cloche...

Dans le Bouddhisme, on parle et on pratique les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience; et le cinquième porte sur la consommation en Pleine Conscience : ce que l'on mange, ce que l'on écoute, la manière de s'amuser, tout cela doit être protégé par l'énergie de la Pleine Conscience. On doit manger, on doit lire, on doit regarder dans la Pleine Conscience pour pouvoir nous protéger, sinon on laisse la violence s'infiltrer, pénétrer dans notre corps, dans notre esprit. Ainsi, la Pleine Conscience est une énergie qui nous protège, qui protège nos enfants. Et dans la famille, on doit apprendre à vivre dans la Pleine Conscience. A l'école aussi on doit apprendre à vivre, à étudier, à travailler dans la Pleine Conscience. C'est parce que la Pleine Conscience nous aide à reconnaître ce qui se passe dans l'instant présent. Si on consomme quelque chose qui nous fera du mal plus tard, alors la Pleine Conscience nous dit que ce n'est pas bien de consommer cela, ce n'est pas bien d'écouter des choses comme cela, ce n'est pas bien de regarder des choses comme cela, ça nous fera du mal plus tard. Si les parents peuvent vivre dans la Pleine Conscience, alors les enfants commencent à apprendre à vivre dans la Pleine Conscience aussi. Et la Pleine Conscience nous dit que nous avons suffisamment de conditions pour être heureux dans le moment présent. Avec la Pleine Conscience on reconnaît les conditions de bonheur déjà disponibles; on n'a pas à chercher le bonheur ailleurs ni dans le futur. « J'inspire, je suis conscient de mes yeux ». Mes yeux sont une merveille; avec mes yeux encore en bonne condition, je peux me mettre en contact avec le paradis des couleurs et des formes autour de moi. Cette Pleine Conscience nous apporte le bonheur : « J'inspire, je sais que mon coeur bat normalement ». Mon coeur opère normalement; c'est une chose formidable d'avoir un coeur normal. Il y a des merveilles en nous, on peut se réjouir de cela. « J'inspire, je suis conscient des feuilles d'automne, de l'automne, et des feuilles qui tombent; c'est très beau. » Alors on peut entrer en contact avec beaucoup de beauté, et le bonheur devient possible avec cette Pleine Conscience. Pour que les enfants, pour que les Jeunes ne souffrent plus, on doit leur offrir la joie, le bonheur et l'amour. Les Jeunes souffrent parce qu'ils n'ont pas assez d'amour, d'attention, de joie. On doit vivre en telle sorte que l'on puisse avoir du temps pour aimer, pour protéger, pour faire le bonheur de l'autre personne. La plupart d'entre nous sommes trop occupés; nous avons beaucoup de soucis dans la vie quotidienne, on n'a pas assez de temps pour soi-même, on n'a pas assez de temps pour les siens; on doit se réorganiser pour vivre en profondeur notre vie quotidienne, pour fêter la vie à chaque moment de notre vie, et c'est une chose tout à fait possible. Quand vous venez au Village des Pruniers par exemple, on vous invite à marcher dans la Pleine Conscience. Vous pouvez coordonner votre respiration avec vos pas; et on marche en telle sorte que chaque pas nous apporte la solidité, la liberté. Et, grâce à cela, on peut entrer en contact avec les merveilles de la vie tout autour de nous pour aider à notre transformation, notre guérison. On s'installe dans le moment présent et on goûte chaque pas, chaque pas fait dans la Pleine Conscience : « je suis arrivé, je suis chez moi, je n'ai plus à courir. » Chaque pas vous ramène au moment présent pour que vous puissiez enter en contact avec les merveilles de la vie en vous-même. La méditation assise aussi : d'être vivant, d'être assis, respirer dans la Pleine Conscience, c'est un miracle. Et la méditation assise peut nous nourrir, nous transformer également; et quand vous êtes invités à laver votre bol, votre assiette après le déjeuner, vous faites cela dans la Pleine Conscience; et il est possible d'obtenir de la joie tout en faisant la vaisselle. Pendant la vaisselle, on s'installe bien dans le moment présent, et il est ainsi possible de générer l'énergie de la joie, de la paix, et de sourire pendant ce temps-là. Et dans un lieu de pratique, on apprend des choses comme cela, qui ne sont pas difficiles du tout, mais qui peuvent tout à fait transformer notre vie. Il y a des amis qui sont venus pour une semaine et ils se sont transformés; et ces gens-là peuvent aussi continuer la pratique quand ils rentrent chez eux. De temps en temps, on revient dans la Sangha pour se ressourcer, pour nourrir cette pratique pour qu'elle puisse continuer longtemps.

...Son de cloche...

Pour gérer la colère, pour gérer la violence, les tribunaux, les juges, police ne suffisent pas, et vous le savez très bien. Cette colère, cette violence est en nous, en nos enfants, dans les Jeunes, alors il faut vraiment chercher des moyens pour apprendre à gérer cette énergie destructive. Et je peux dire qu'une semaine de pratique peut déjà nous aider à savoir comment gérer cette irritation, cette colère, ce désespoir, cette violence en nous, et surtout quand vous pratiquez avec une Sangha, c'est-à-dire une Communauté dans laquelle tout le monde pratique la même chose. La pratique de la Pleine Conscience nous aide à toujours revenir au moment présent pour voir tout ce qui se passe en nous et autour de nous. Ce qui se passe en nous peut être un sentiment d'espoir, de la joie, alors on reconnaît cela et on peut le nourrir; ce qui se passe en nous peut être une colère, un désespoir, et la Pleine Conscience nous aide à reconnaître cela, à l'embrasser, à regarder en profondeur pour pouvoir comprendre comment est venue cette souffrance. Et je vous ai déjà dit une fois que dans le Bouddhisme on parle de la souffrance en terme de consommation. Bien sûr on peut transformer la violence en soi, mais on doit faire quelque chose d'autre : on doit empêcher la colère de nous envahir chaque jour; il faut faire deux choses en même temps : transformer la colère au-dedans et changer l'environnement. Les hommes politiques doivent y penser, c'est parce que sans une consommation réfléchie, sans une consommation en Pleine Conscience, on ne peut pas faire disparaître la violence; la police, ce n'est pas assez; les tribunaux, ce n'est pas assez. Alors il faut des institutions, il faut des écoles, il faut des centres de pratique pour pouvoir aider les Jeunes, pour pouvoir maîtriser cet art qu'est la gestion de la violence, de la colère.
Peut-être dois-je m'arrêter là pour répondre à quelques questions...

* “Si la colère disparaît, qu'est-ce qui nourrit la fleur *”

* "Dans un jardin... si vous êtes un jardinier biologique, vous savez que les déchets continuent de se manifester, n'est-ce pas. Après avoir transformé les déchets en compost, d'autres déchets continuent de se présenter, et c'est la vie. Il y a des déchets en nous, il y a des fleurs en nous, et si les déchets se présentent on n'a pas peur, on peut maîtriser de la transformation; c'est comme au Village des Pruniers, on plante des fleurs de lotus, et l'on sait très bien que pour planter les fleurs de lotus on a besoin de la boue (la vase). Grâce à la boue, les lotus peuvent pousser; grâce à la colère, la souffrance, on peut aussi nourrir la joie, la compassion, mais avec la condition qu'on puisse transformer ces énergies négatives en matières nutritives qui peuvent nourrir les choses positives. C'est la souffrance qui est utilisée comme compost afin de nourrir le bonheur, mais on n'a pas à créer plus de souffrance, on en a assez pour le moment. Merci. “

* “ Je pratique le Bouddhisme tibétain depuis plusieurs années et on dit toujours que le fruit d'une bonne pratique c'est aussi d'être dans la joie. Je me réjouis de plein de choses, surtout d'avoir le Dharma, mais quand je regarde au fond de moi, j'ai toujours l'impression qu'il y a une forme de souffrance dont je n'arrive pas à me débarrasser, et qui n'est pas forcément liée à moi mais à toute la souffrance qui est dans le monde et autour de moi. Je ne sais pas comment faire pour être dans la joie et éliminer cette souffrance...”

* “C'est la souffrance collective qui se révèle en nous. Il y a des liens entre la souffrance individuelle et la souffrance collective. Dans la pratique du regard profond, on voit que nos parents, avec leurs souffrances, sont encore présents en nous dans chacune de nos cellules. On voit aussi tous nos ancêtres qui sont encore présents en nous avec leurs bonheurs et leurs souffrances. Donc, la souffrance que vous ressentez en vous-même peut être cette souffrance collective de nos ancêtres, de nos parents, la souffrance de nos amis, des êtres vivants sur cette planète. Alors, si l'on regarde en profondeur, on peut voir les racines profondes de cette souffrance, et grâce à ce regard profond dirigé vers la souffrance on va pouvoir identifier le chemin qui conduit hors de la souffrance, le chemin qui conduit à la transformation de la souffrance. Alors, cette souffrance-là, il faut pouvoir la regarder en face; si on tâche de s'enfuir de la souffrance on n'aura aucune chance; c'est parce que la souffrance est une vérité noble. Si la souffrance est qualifiée de vérité noble, c'est parce qu'avec la souffrance, avec la compréhension de la souffrance, on peut voir le chemin de la transformation et de la guérison. On doit parler du bienfait de la souffrance; on peut apprendre beaucoup de la souffrance. C'est la souffrance qui accélère la croissance de notre sagesse; ainsi, on peut aussi profiter de la souffrance. Pour moi le Royaume de Dieu, ou la Terre Pure du Bouddha n'est pas un lieu où il n'y a pas de souffrance; c'est parce que, sans la souffrance, il n'y a aucun moyen de cultiver la compréhension et la compassion. La compréhension, c'est avant tout la compréhension de la souffrance. Et quand vous comprenez votre propre souffrance et la souffrance de l'autre, la compassion jaillit alors. On a donc besoin de la souffrance pour pouvoir cultiver la compréhension et l'amour. Ainsi, pour moi, je voudrais définir l'expression “Royaume de Dieu” comme un endroit où il y a de la compréhension et de l'amour. Mais il faut de la souffrance pour pouvoir fabriquer de la compréhension et de l'amour comme on a besoin de vase pour pouvoir fabriquer des fleurs de lotus. Donc, essayer de s'évader de la souffrance n'est pas l'attitude correct; regarder la souffrance en profondeur c'est là la pratique recommandée par le Bouddha. Et quand on peut identifier les causes, les racines profondes de la souffrance, on commence à voir la voie qui conduit à la transformation de la souffrance. Cette souffrance en vous est une souffrance collective, et si vous cherchez les causes d'une souffrance individuelle, alors ce n'est pas assez. Il faut donc également rechercher les racines de cette souffrance collective, et en transformant votre propre souffrance vous transformez en même temps la souffrance de vos ancêtres, de vos parents et du monde. Merci.”

* « Bonjour mes Soeurs, bonjour mes Frères. Il y a un an et demi j'ai accouché d'un garçon qui s'appelle Rilès. Quarante deux jours après, le papa est parti. Socialement, je suis quand même parvenue à faire des choses; j'ai avancé socialement; et en tant que mère également : j'ai un enfant qui est épanoui. Je suis enseignante, et cela se passe très très bien avec mes élèves; mais, si je dois vous parler de ma vie de femme, je peux vous dire que je suis complètement dans le passé. J'ai lu vos livres, et mon frère m'a beaucoup parlé de vous; j'ai écouté vos enseignements plusieurs fois depuis maintenant un an et demi; et malgré cela je suis toujours dans le passé, j'ai la haine, la souffrance, le chagrin, et j'ai du mal à me couper de tout cela. »

* « Il faut de la pratique, les livres ce n'est pas assez; les semons ce n'est pas assez. Il faut entamer la pratique, il faut apprendre à respirer, il faut apprendre à marcher dans la Pleine Conscience, il faut générer l'énergie de la Pleine Conscience, il faut entrer en contact avec les merveilles de la vie qui vont vous guérir, vous nourrir. Des choses comme cela se font avec le soutien des autres pratiquants. Je vous conseille de chercher une communauté de pratique où l'on pratique 24h/24h cette énergie de la Pleine Conscience, et je vous assure que la situation changera après une ou deux semaines de pratique. »

* « Bonsoir. Lorsque votre frère perd son unique enfant âgé de trois ans d'une hémorragie cérébrale il y a quatre mois... Suite à ce choc émotionnel, sa petite soeur est alitée pendant un mois à l'hôpital, et pendant cette même période son mari quitte le foyer conjugal. Cette souffrance est dure à porter lorsque vous êtes mère de trois enfants et que vous êtes obligée d'être debout. Je voulais juste savoir comment on peut gérer cette souffrance de la perte d'un enfant quand la vie doit continuer pour vos propres enfants. Merci. »

* « Il faut de la pratique bien sûr mais il faut aussi du temps. Ce choc, cette grande souffrance a besoin de suffisamment de temps pour pouvoir être transformée, et la pratique doit continuer; la pratique doit être soutenue par les autres, ceux qui connaissent bien la façon de transformer cette souffrance. Il faut du temps, et il faut de la pratique véritable; il faut avoir des amis, une sangha qui vous soutient dans les cas comme cela où la souffrance est trop grande. Merci. »

* « Bonsoir. Vous avez parlé du Royaume de Dieu; je croyais que dans le Bouddhisme on ne croyait pas en Dieu... »

...Son de cloche...

* « André Gide, cet écrivain français, parle de Dieu en tant que bonheur : « Dieu est bonheur. » Il a dit aussi : « Dieu bonheur est disponible 24h/24h. » Alors, comme bouddhiste, j'accepte cette idée de Dieu bonheur. Merci. »

* « Bonjour. J'ai beaucoup de plaisir à vous retrouver comme beaucoup de gens ici. Je voudrais vous poser une question sur la pratique de la Pleine Conscience qui vous touche aussi personnellement : vous avez expliqué dans un de vos Enseignements que vous étiez un jour devant des militaires américains et ils vous ont mis en colère, il y a eu une émotion de votre part. On en vient à la question fondamentale : comment peut-on pratiquer la Pleine Conscience sous les bombes, ou dans une cité de banlieue, ou autre * »
...Son de cloche...

* « Dans une situation comme la guerre on doit pratiquer la Pleine Conscience d'une manière plus intense. C'est parce que sans cette Pleine Conscience on ne sait pas ce que l'on doit faire et ce que l'on ne doit pas faire. La Pleine Conscience nous montre ce que nous devons faire et ce que nous ne devons pas faire dans le moment. Merci. »

* « Bonjour. Est-ce que vous pouvez développer quelque chose pour faire la différence entre la Pleine Conscience et l’autohypnose * »

* « Ce sont des choses totalement différentes. La Pleine Conscience est si facile à reconnaître. Quand je bois mon thé, je suis vraiment là. Si la Pleine Conscience m'habite, alors je bois mon thé comme il faut; je ne pense pas au passé, je ne pense pas au futur, je suis bien établi dans le moment présent; et comme je suis vraiment là, le thé est aussi vraiment là, et le contact entre moi-même et le thé se passe dans le moment présent, et la vie réelle existe. Si vous êtes absorbé par les regrets concernant le passé, ou l'incertitude concernant le futur, alors vous n'êtes pas vraiment là pour votre thé. La Pleine Conscience est cette énergie qui nous autorise à être vraiment là pour vivre ce moment. Dans le Bouddhisme on dit que le passé n'est plus là et que le futur n'est pas encore là. Il y a un seul moment où la vie est disponible, c'est le moment présent. Vous avez un rendez-vous avec la vie; et ce rendez-vous se fait dans le moment présent, si vous ratez le moment présent, vous ratez votre rendez-vous avec la vie. C'est sérieux, non* Donc, respirer, marcher, faire quelque chose pour revenir à soi-même, pour être vraiment là dans le moment présent, c'est une chose très importante pour pouvoir vivre en toute lucidité. Il n'y a rien d'hypnotique. Vous êtes entièrement clairvoyante, vous êtes entièrement lucide, vous êtes habitée par l'énergie de la Pleine Conscience, vous êtes vraiment là; et quant vous êtes vraiment là, quelque chose d'autre est aussi là... c'est la vie. C'est très important; ce n'est pas l'hypnose. Merci. »

* « Bonsoir. Je pratique le Bouddhisme tibétain depuis quelques années. C'est vrai que cela m'a apaisé, mais je suis beaucoup moins joyeuse qu'avant. (Rires) Quand vous dîtes qu'il faut se réjouir des feuilles de l'arbre qui tombent, que c'est beau, que le coucher de soleil est beau, etc., j'ai dû mal à ressentir cette joie parce qu'en fait je me dis que je vais mourir et que les autres vont mourir. Du coup, j'ai du mal à m'investir au travail au quotidien, à construire de belles choses, parce que je me dis que ça va s'arrêter; donc, en fait, c'est peut-être une colère, je n'en sais rien; je me dis que si le monde n'existait pas on serait quand même plus pénard. (Rires) Quand vous dîtes qu'il faut se réjouir d'être vivant, j'ai du mal à sentir cela. Ma question est donc : pourquoi devrait-on remercier d'être vivant * »

* « Ce qui nous empêche de célébrer la vie, de s'amuser, c'est cette énergie négative qu'est la jalousie, la colère, et la violence. Il faut donc faire quelque chose pour pouvoir enlever ce barrage-là, cet obstacle-là; si la jalousie se montre, si elle se manifeste, on pratique ainsi : « j'inspire, je sais que la jalousie est là; j'expire, je regarde en profondeur ma jalousie pour en identifier les causes et les racines »; et vous pouvez parler à l'autre personne : « chéri(e), je suis jaloux (-se); est-ce que tu peux m'aider* Et, si cette personne est un pratiquant, elle pourra vous aider, parce que votre crainte, votre jalousie peut naître sur la base d'une perception erronée. Les perceptions erronées sont à la base de toute colère, de toute jalousie, de toute souffrance. Alors, pour pouvoir enlever, déraciner cette souffrance, il faut chercher à corriger nos perceptions; nous sommes victimes de nos propres perceptions; nous avons des perceptions en ce qui concerne nous-même, et ces perceptions peuvent être erronées. Nous avons des perceptions en ce qui concerne l'autre, et ces perceptions peuvent être erronées également. La méditation nous aide donc à regarder en profondeur dans la rivière des perceptions afin de pouvoir transformer ces perceptions erronées. Et, en utilisant la parole aimante et l'écoute profonde avec l'autre personne, on va pouvoir rétablir la communication, et on va pouvoir aider les uns et les autres à enlever, à corriger les perceptions erronées. Et avec les perceptions erronées déjà enlevées on peut très bien entrer en contact avec les merveilles de la vie qui sont là en nous et autour de nous; bonne chance. L'impression que l'on va mourir c'est seulement une impression, et cela se base sur des perceptions erronées. Il faut donc regarder en profondeur; il faut parler aux autres; et les autres peuvent nous aider à enlever ces perceptions erronées. »

* « Je suis mère de deux enfants, un de deux ans et un autre de quatre mois. Je vis en région parisienne entourée de jeunes qui sont de plus en plus violents, qui ont de plus en plus de colère en eux, et qui ont de moins en moins le respect des autres et d'eux-mêmes. Ces jeunes-là ont de plus en plus de souffrance parce que l'environnement en région parisienne est très très violent. Je m'inquiète pour l'avenir de mes deux enfants. Comment pourrais-je les aider au mieux pour leur éviter d'emprunter le chemin de la violence * Cela m'inquiète beaucoup... J'ai la chance, moi, de connaître la pratique, mais je ne sais pas comment faire pour aider mes enfants; je voudrais le faire le plus tôt possible, dès leur plus jeune âge, pour ne pas avoir à guérir les choses plus tard; je préfère prévenir que guérir. »

...Son de cloche...

* « Il y a des choses que l'on peut faire aujourd’hui même. Je vous invite à réfléchir sur ceci : si une personne réorganise sa vie pour qu'elle puisse vivre en telle sorte qu'un avenir soit possible pour nos enfants, pour nos petits-enfants, alors elle peut également inviter les autres à faire la même chose, et c'est une chose que l'on peut faire dès aujourd’hui. On peut conduire cette sorte de voiture qui ne pollue pas beaucoup; on peut réduire l'usage de la voiture à 50% ou, si c'est possible, on va consommer seulement des choses saines, pas de poison; on va pouvoir vivre en telle sorte que l'on aura du temps pour aimer, pour prendre soin, pour protéger; et ce sont des choses que l'on peut faire aujourd’hui même. Vous incarnez la pratique de la paix, de l'espoir, et sur cette base-là vous pouvez inviter une autre personne à vous rejoindre; ainsi, on bâtit des communautés, des Sanghas, et on aura de l'espoir. Tout le monde peut commencer aujourd’hui à changer son style de vie. On doit se dire que je vais vivre en telle sorte qu'un avenir soit possible pour nos enfants et pour leurs enfants. A demain. »
 
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