Bat Nha : un koan 

Première partie

 

Ne cherchez pas ce que vous voulez voir
                                               ce serait en vain.

Ne cherchez rien, mais donnez une chance à la vision profonde de se manifester par elle-même.
Elle vous aidera à vous libérer.

 Thich Nhat Hanh


Bat Nha est un monastère, situé sur les hauts plateaux du Vietnam. Mais c'est aussi la communauté de moines et moniales persécutée par le gouvernement vietnamien. Et une catastrophe pour le bouddhisme vietnamien à l'aube du XXIème siècle.

Un koan ( gong an en chinois, et en vietnamien cong an) est une énigme zen, une sorte d'énigme qui ne peut être résolue par l'intellect, mais uniquement par la pratique de la pleine conscience, de la concentration et de la vision profonde. Un koan peut être contemplé et pratiqué collectivement ou individuellement. Tant qu'il n'est pas résolu, nous ne savons pas dans quelle direction aller, nous ne sommes ni en paix ni heureux. Un koan est comme une flèche qui nous transperce: tant qu'elle n'est pas retirée, nous ne pouvons être en paix. Mais cette flèche ne vient pas de l'extérieur. Elle n'est pas non plus un accident. Elle nous offre au contraire l'opportunité de regarder en profondeur les questions qui nous tourmentent, pour transcender anxiété et confusion. Un koan nous oblige à faire face aux grandes questions sur le sens de la vie, sur le futur de notre pays, sur le bonheur véritable.

Parmi les koans les plus connues, nous pouvons citer “Regarde le cyprès dans la cour”, “Si tout retourne à l'un, où l'un retourne-t-il?”  “Le chien a-t-il la nature de Bouddha?”, et “Qui récite le nom du Bouddha?” Les grands rois et dirigeants vietnamiens ont longtemps pratiqué l'art du koan, et nombre d'entre eux ont composé de ces énigmes (1*) . Le  maître zen Tuê Trung, frère du célèbre Trân Hung Dao qui avait repoussé l'invasion de Gengis Khan, a offert le puissant koan: “Tous les phénomènes sont impermanents, tous sont sujets à la naissance et à la mort. Qu'est-ce qui naît et meurt?”

Un koan ne peut être résolu par un raisonnement logique ou une argumentation, ni par des débats sur l'esprit et la matière. Il ne peut l'être que par l'énergie de  pleine conscience et de concentration. Une fois le koan compris, nous sommes en paix,  n'ayant plus ni peur ni tourment. Nous voyons notre chemin, et atteignons la paix intérieure.

                (1*)  Autrefois, le roi Tran Thai Tong pratiquait le zen. Il méditait sur des koans, et a offert 40 koans zen ainsi que des invocations, des chants et de courts poèmes, pour inviter son peuple à pratiquer avec lui au temple Vrai Enseignement. Ces koans ont été rassemblés dans l'ouvrage Instructions sur le vide. Le maître zen Tuê Trung, un laïc, a créé 13 koans, que l'on peut trouver dans le livre Record of Zen Master Tue Trung. Quant à l'ouvrage Recueil de la Falaise Bleue, édité par le maître zen Yuan Wu au XIIème siècle, il rassemble jusqu'à 100 koans, ainsi que des enseignements, des commentaires et des remarques. Cette oeuvre classique est utilisée depuis des siècles dans la tradition zen.
 
Si vous croyez que la question  “Le chien a-t-il la nature du Bouddha?” n'est un problème que pour le chien, ou qu'elle n'est autre qu'une question philosophique, alors ce n'est pas un koan. Si vous croyez que “Où l'un retourne-t-il?” ne réfère qu'à des mouvements dans une réalité objective, alors il ne s'agit pas d'un koan non plus. Si vous croyez que Bat Nha est un problème pour 400 moines et moniales au Vietnam seulement, un problème qui doit être résolu de manière “appropriée et rationnelle”, Bat Nha n'est  pas un koan. Bat Nha ne devient réellement un koan que lorsque vous le comprenez comme votre propre problème, lorsque vous voyez qu'il est en relation directe avec votre bonheur, votre souffrance, votre futur comme celui de votre pays et de votre peuple, que tant que vous ne l'avez pas résolu, vous ne pourrez pas dormir, manger ou travailler en paix – alors seulement, Bat Nha devient un véritable koan.

 “Etre en pleine conscience” signifie revenir à soi et être présent. Présent pour le koan, le portant dans son cœur à chaque moment de sa vie quotidienne pour pouvoir le comprendre en profondeur, ne le négligeant jamais, ne le laissant pas de côté un seul instant. La pleine conscience doit être constante, ininterrompue. Lorsqu'il mange, s'habille, urine ou défèque, lorsqu'il boit du thé ou prend une douche, le pratiquant doit être conscient du koan, pour pouvoir le regarder en profondeur. Qui est le Bouddha, dont nous devons réciter le nom? Et qui est cette personne qui récite le nom du Bouddha? Qui suis-je? Vous devez le découvrir. Et tant que vous n'aurez pas élucidé la question, tant que vous n'aurez pas percé le mystère, vous ne serez pas vraiment éveillé, vous n'aurez pas vraiment compris.

 
***

JE SUIS UN MOINE OU UNE MONIALE DE LA COMMUNAUTE BAT NHA. Bat Nha est mon  koan, et j'ai l'opportunité de le regarder en profondeur à chaque moment de ma vie quotidienne. Tous les jours, je contemple le koan de Bat Nha – il est avec moi quand je pratique la méditation assise, quand je marche en pleine conscience, quand je cuisine, quand je lave mes vêtements, quand j'épluche les légumes ou balaye le sol; Bat Nha est mon koan à chaque instant. Je dois générer la pleine conscience et la concentration, car il s'agit pour moi d'une question de vie ou de mort, il en va de mes idéaux et de mon futur. Il y en a parmi nous qui ont réussi à le regarder en profondeur – c'est pourquoi, malgré les persécutions qui n'en finissent pas, nous continuons à sourire, nous restons frais comme des fleurs, continuant à générer la paix et l'amour sans être emportés par les soucis, la peur ou les ressentiments. Parmi nous, il y en a aussi qui souffrent de graves traumatismes et de profondes blessures suite aux attaques à Bat Nha et à Phuoc Hue. Une de nos Sœurs a offert un petit poème à Thây, notre enseignant, où elle écrit ceci: “Bat Nha d'autrefois est devenu pluie, tombant sur la Terre et faisant germer les graines de l'Eveil.” Cette Sœur n'a que dix-huit ans et fut ordonnée il y a moins de deux ans, mais elle a su regarder le koan en profondeur –  avec succès.

ous voulons seulement pratiquer – pourquoi nous l'interdisent-ils? Les Vénérables bouddhistes de notre pays veulent nous protéger et se porter garants pour nous – pourquoi le gouvernement ne le leur permet-il pas ? Nous ne connaissons rien à la politique et n'avons aucune envie d'en faire – pourquoi n'arrêtent-ils pas de dire que nous  en faisons et que Bat Nha est une menace à la sécurité du pays ? Pourquoi veulent-ils dissoudre Bat Nha au point de payer des voyous, de nous diffamer, nous frapper, nous menacer ? Comment, alors qu'ils pourraient être nos pères ou nos oncles, peuvent-ils avoir le cœur de commettre de tels actes ? Si le gouvernement ne nous permet plus de pratiquer ensemble en tant que communauté et nous ordonne  de tous nous disperser, comment pourrons-nous, à l'avenir, vivre à nouveau en communauté ? Pourquoi, dans les autres pays, les gens peuvent-ils pratiquer le bouddhisme librement mais pas ici ? Ces questions reviennent inlassablement. Elles exigent une réponse.

En pratiquant la méditation assise, la méditation marchée, en écoutant les enseignements, en cuisinant, jardinant ou travaillant dans la pleine conscience, nous générons l'énergie de pleine conscience et de concentration. Cette énergie alimente le feu qui désagrège toutes ces questions, toutes ces interrogations.

Autrefois, Bat Nha était synonyme de bonheur. Nous vivions en accord avec nous-mêmes. Nous pouvions exprimer nos sentiments, nos pensées à nos frères et soeurs dans la pratique sans redouter d'être trahis, sans craindre d'être persécutés. Nous avions découvert la fraternité, et dédiions ensemble notre énergie au service des autres. C'était notre plus grand bonheur. Bat Nha est ensuite devenu un cauchemar. Mais personne ne pourra détruire ce que nous y avons trouvé. Nous avons maintenant un chemin, et que Bat Nha existe ou non, nous n'avons plus rien à craindre. Bat Nha est devenu pluie, une pluie qui en tombant sur la terre a fait germer la graine d'éveil. Même si Bat Nha n'est plus, même si nous avons été chassés de Phuoc Huê, ces graines d'éveil sont toujours en nous et ne seront jamais perdues. Thây nous a enseigné que chacun de nous, ses disciples, doit devenir un Bat Nha, un Phuong Boi (2*) . Nous sommes la continuation de Thây, et nous établirons dans le futur de nouveaux Bat Nha, de nouveaux Phuong Boi.

La graine est là, le chemin est là; nous n'avons plus peur du futur, qu'il s'agisse du nôtre ou de celui de notre pays. Nous aurons, demain, l'occasion d'aider ceux qui, aujourd'hui, nous persécutent. Ils ne le voient pas encore, mais ils le comprendront un jour. Parmi ceux qui nous ont persécutés, qui nous ont fait souffrir, certains ont déjà commencé à entrevoir la vérité. Les préjugés et les perceptions erronées, tels le mur de Berlin, s'effritent déjà doucement et finiront par s'écrouler. Nous ne sommes ni inquiets ni désespérés. Nous pouvons rire comme le soleil levant.

 
                (2*) Premier monastère de Thich Nhat Hanh, sur les hauts-plateaux du Vietnam, non loin de Bat Nha.

 
***

Je suis un capitaine de police au Vietnam. Au début, je pensais que les ordres de mes supérieurs étaient justifiés, qu'il était nécessaire de dissoudre Bat Nha pour la sécurité du pays. J'avais confiance en mes supérieurs. Mais en exécutant ces ordres, j'ai découvert des choses qui m'ont brisé le cœur. Bat Nha est devenu un koan dans ma vie. Je ne peux plus manger, je ne peux plus dormir. Je me réveille au milieu de la nuit et me demande: « Qu'ont donc fait tous ces gens, pour que je doive les traiter comme des réactionnaires et des menaces à la sécurité du pays?

Ils  ont l'air si paisibles; c'est moi qui ne suis pas en paix. Et si je ne suis pas en paix moi-même, comment puis-je être un vrai gardien de la paix? »

Ils n'ont enfreint aucune loi, commis aucune faute. A dire vrai, nous avons collaboré avec ceux qui voulaient s'emparer de leur propriété. Nous les avons forcés de quitter le lieu qu'ils avaient aidé à bâtir, paisiblement, pendant des années. Nous avons tout fait pour qu'ils partent, mais ils ont toujours refusé. Ils ont l'air d'avoir tant d'amour les uns pour les autres, d'être véritablement unis. Ils vivent une vie intègre. Bien qu'ils  soient jeunes, aucun d'entre eux ne se laisse tenter par la drogue ou les relations sexuelles sans amour. Ils vivent simplement, sont végétariens, pratiquent la méditation assise, écoutent les soutras, organisent des groupes de discussion; ils ne font de mal à personne. Comment pouvons-nous affirmer qu'ils sont dangereux? Ils n'ont jamais rien dit ou fait contre le gouvernement. Nous ne pouvons vraiment pas dire qu'ils sont réactionnaires ni qu'ils font de la politique. Mais nous les avons accusés de cela, et avons essayé par tous les moyens de les chasser : nous les avons menacés, avons coupé l'eau et l'électricité, avons procédé à des contrôles d'identité quotidiens, et les avons harcelés pendant des mois en fouillant, chaque nuit, le monastère. Nous avons tout essayé pour les décourager. Et pourtant, ils ne nous faisaient jamais aucun reproche; ils nous invitaient même à nous asseoir avec eux pour chanter des chansons et prendre des photos souvenirs ensemble.

Nous en sommes venus à embaucher des gangs pour saccager les lieux, brutaliser les moines et les chasser. J'ai dû m'habiller en civil pour être sur place et diriger les gangs, leur indiquer qui étaient les meneurs de la communauté, afin qu'ils les  tabassent et les enlèvent. Ils n'ont pas riposté. Leurs seules armes furent l'invocation du nom du Bouddha et la méditation assise. Leur seule réponse à la violence fut de s'accrocher les uns aux autres pour qu'on ne puisse pas les séparer et les jeter dans les voitures. Un général de brigade avait même été envoyé par le gouvernement central pour coordonner les attaques. Pourquoi devons-nous mobiliser tant de forces de l'ordre, du gouvernement central aux autorités locales, pour entrer en guerre contre un groupe de jeunes personnes aux mains vides et au coeur innocent ?

Et comment se fait-il que nous n'avons pas réussi à les expulser pendant plus d'un an, malgré tous les efforts employés ? Qu'y a-t-il donc de si attirant pour tous ces jeunes, qu'ils refusent obstinément de partir ? Chaque jour, ils reçoivent seulement deux repas végétariens, pratiquent la méditation assise, la méditation marchée et écoutent un enseignement du Dharma. Pourquoi sont-ils si nombreux, et pourquoi y a-t-il tant de jeunes? Et comment arrivent-ils, en dépit du nombre et de leur âge, à vivre ensemble de façon si harmonieuse? Certains d'entre eux ont des diplômes universitaires, d'autres sont des fils ou filles de cadres supérieurs du Parti, certains avaient déjà une belle carrière, un salaire élevé ; mais ils ont tout quitté pour vivre une vie simple et sobre. Il doit y avoir quelque chose de noble et de captivant pour tous ces jeunes, n'est-ce pas ? Comment peut-on dire qu'ils ont été charmés par les paroles mielleuses d'un étranger soi-disant opposé au gouvernement?

J'ai reçu des ordres et suis tenu d'obéir, mais j'ai honte, et cette honte pèse sur ma conscience. Avant, je pensais que ces manœuvres n'étaient que temporaires, et qu'elles étaient pour le bien du pays, du peuple et de l'unité nationale. Je me rends compte maintenant à quel point ces mesures sont perfides, cruelles et malhonnêtes. Je suis contraint de garder ces sentiments pour moi. Je n'ose pas les partager avec mes collègues, sans parler de mes supérieurs. Je ne peux aller de l'avant, et je ne peux faire marche arrière. Je suis pris dans un système dont je ne peux m'échapper. Comment puis-je être vrai, comment être en accord avec moi-même?

 
***

Je suis un membre de l'Eglise Bouddhique du Vietnam. Bat Nha me tourmente et m'empêche de dormir. Je sais que ces jeunes moines et moniales pratiquent sincèrement. Toutes les personnes qui sont allées leur rendre visite ou les ont rencontrés pourront le confirmer. Pourquoi alors sommes-nous si impuissants, incapables d'assurer leur protection? Pourquoi devons-nous vivre et nous comporter comme des employés du gouvernement ? Séparer la politique de la religion... quand ce rêve se réalisera-t-il enfin? Sous la colonisation française, sous les régimes de Diêm et de Thiêu, les bouddhistes ont rencontré de nombreux obstacles ; mais ils n'étaient pas contrôlés aussi sévèrement qu'aujourd'hui. Tout ce que nos dirigeants tolèrent est un bouddhisme basé sur la foi et la dévotion ; ils ne veulent pas d'un bouddhisme qui offre à la nation une éthique et  une spiritualité véritables. Un bouddhisme qui propose une direction spirituelle authentique  leur fait très peur. Ils acceptent seulement les congrégations qu'ils peuvent contrôler et manipuler. Autrefois, le Bouddha refusa lui aussi de se soumettre à toute domination politique, fut-elle celle du roi Ajatasattu. Pendant la colonisation française, sous les régimes de Diêm, de Ky et de Thiêu, nos prédécesseurs ont eux aussi résisté, pour être libres. Pourquoi ne continuons-nous pas ce travail, pourquoi devons-nous accepter ce rôle, devenir des instruments d'une politique qui veut étouffer notre idéal, notre noble aspiration ?

Je pensais autrefois qu'en me conformant à la politique du gouvernement, j'aurais au moins la possibilité de faire un petit peu du “travail du Bouddha”, alors que si je m'oppose au gouvernement, je ne pourrai pas faire quoi que ce soit. C'est la raison pour laquelle j'ai accepté, avec résignation, les reproches et critiques de mes collègues pour entrer dans le système. Mais j'ai pu voir très clairement que c'est justement grâce à ceux qui ne font pas partie de l'Eglise Bouddhique et qui ont eu le courage de s'exprimer et de protester, que je peux faire ce travail, ne serait-ce que de façon limitée. Comment répondrai-je de cela quand cette  page de l'Histoire sera écrite ? Mon but était de raviver le bouddhisme pour qu'il soit à nouveau au service du peuple et de la nation, pas d'occuper une fonction dans le mécanisme de contrôle et de surveillance des bouddhistes.

Ce Vénérable qui a subi de fortes pressions pour ne plus être garant des moines et moniales, pour ne plus leur permettre de pratiquer au temple, n'était pas assez fort pour résister. Il a dû, malgré lui, trahir ses amis, trahir Thay et rompre la promesse et l'engagement solennels faits il y a quelques années seulement. C'est une tragédie pour lui. Mais qui est ce Vénérable? Est-il hors de moi ou fait-il partie de moi ? Je subis moi aussi de nombreuses pressions, et n'ose dire ni faire ce en quoi je crois vraiment, pour protéger mes enfants spirituels, mes petits frères et sœurs. Mon aspiration profonde est-elle vraiment de “Guider les générations futures, et d'exprimer ma gratitude au Bouddha”? Dans ce cas, pour quelle raison dois-je me résigner à regarder, impuissant, ces moines et moniales, mes petits frères et sœurs dans la pratique, être insultés et persécutés? Oserai-je encore les regarder en face? Quel est mon vrai visage? Qui suis-je vraiment?

Nous sommes frères et sœurs, tous disciples du Bouddha. S'ils ont réussi à nous diviser, si nous nous mettons en colère et nous faisons des reproches les uns aux autres, n'est-ce pas parce que notre pratique n'est pas encore solide, que nous ne sommes pas encore capables de bâtir la fraternité? D'après l'enseignement du Bouddha sur la non-dualité, que nous soyons membres de telle ou telle congrégation, nous restons Frères. Même si nous travaillons chacun de notre côté, nous n'avons pas à nous tourner le dos et à nous considérer comme des ennemis. N'est-ce pas parce que notre pratique est encore faible, que nous nous considérons ainsi avec hostilité ? N'est-ce pas parce que notre énergie spirituelle est encore très limitée ? Mais j'en ai tiré une leçon : si, à partir de maintenant, nous pouvons nous reconnaître et nous accepter mutuellement, si nous pouvons nous réconcilier, nous pourrons raviver la fraternité d'autrefois, faire revivre la confiance de nos concitoyens, et devenir un modèle pour tous. Nous avons attendu trop longtemps pour agir mais nous pouvons encore sauver la situation. Il suffit d'un instant d'éveil et la situation actuelle du bouddhisme changera.

Il semble que les moines et moniales de Bat Nha l'aient compris. Lorsque ces 400 moines et moniales ont été persécutés et chassés, ils n'ont jamais montré de ressentiment à l'égard de l'abbé qui les avait hébergés pendant des années. Ils savent que ce Vénérable a subi beaucoup de pressions, et que c'est pour cela qu'il a dû leur demander de quitter les lieux. Si nous, les membres de l'Eglise Bouddhique, avons aussi été contraints de trahir nos frères et sœurs, c'est parce que notre intégrité spirituelle est encore limitée. A quel point devons-nous être déterminés dans notre pratique quotidienne pour parvenir à ce niveau de force spirituelle? Si nous voulons nous aimer, nous devons nous comprendre. Et quand nous nous aimons, nous ne pouvons pas nous considérer comme des annemis. Tant que nous nous voyons comme des ennemis, c'est que nous sommes victimes de cette conspiration qui vise à  nous séparer.

Au Vietnam, depuis deux mille ans, les bouddhistes ont toujours vénéré les Trois Joyaux, le Bouddha, le Dharma et la Sangha. Mais aujourd'hui des gens sont payés pour profaner les lieux sacrés et y accrocher des banderoles insultantes, pour injurier les Vénérables et leur jeter des excréments putrides, pour vandaliser le temple, pour brutaliser et expulser les moines et moniales. Les autorités les ont embauchés et les ont fait passer pour des bouddhistes. C’est un sacrilège, une tache dans l’histoire du bouddhisme au Vietnam. Ces actes nous dégoûtent, mais pourquoi n'osons-nous rien dire ? Après de tels événements, l'Eglise Bouddhique aura-t-elle la capacité de défendre ses fidèles et de prouver leur innocence ?

Le problème de Bat Nha ne concerne pas seulement le Comité Permanent de l'Eglise Bouddhique Centrale. Bat Nha est un koan, un dilemme dans notre vie. Comment pouvons-nous le résoudre de façon à ne pas avoir honte devant nos ancêtres? Pourquoi ne pouvons-nous partager nos sentiments, nos pensées les plus  sincères, avec les autres membres de l'Eglise Bouddhique du Vietnam? Pourquoi ne nous est-il pas permis d'harmoniser nos points de vue? Pourquoi devons-nous dissimuler nos pensées et nos idées?

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